CHRONIQUES D’ACTUALITÉ #237 – L’ADMINISTRATION TRUMP : DE L’ÎLE D’EPSTEIN AU MOYEN-ORIENT (Partie 2/2)

~Introduction & I. L’affaire Epstein (Partie 1/2)

~II. L’intervention militaire en Iran & Conclusion (Partie 2/2)

II. L’intervention militaire en Iran

Donald Trump a été élu avec un credo « America First », caractérisé par le refus des interventions militaires à l’étranger. Trump a commencé par violer cet engagement en attaquant l’Iran en juin 2025. Cette attaque a révélé une relative nervosité de Trump à l’égard de l’agressivité du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Il s’était ensuite précipité pour mettre fin aux hostilités, évitant de franchir la ligne rouge d’un changement de régime. Puis, il y a eu l’attaque illégale au Venezuela qui a entaché l’image de Trump d’autant que l’on s’est aperçu que cette décision ne reposait sur aucune justification morale ou une stratégie politique cohérente.

Ensuite, il y a eu les récentes attaques américaines et israéliennes du 28 février 2026, absolument contreproductives. Il semble une fois de plus que les autorités américaines ont autorisé ces frappes sans une réflexion rigoureuse et sans une stratégie sérieuse sur les implications et les conséquences potentielles. Plusieurs faits en témoignent :

  • La motivation des attaques par l’existence d’un arsenal nucléaire en Iran, intenable en raison des déclarations de Trump confirmant la destruction de cet arsenal en juin dernier ;
  • L’approbation de l’intervention en Iran par seulement 27% d’Américains début mars[1] ;
  • L’approbation de l’envoi des troupes en Iran par moins de 10% des Américains seulement[2] ;
  • L’affirmation par le secrétaire d’État Marco Rubio que les États-Unis étaient intervenus parce qu’Israël était sur le point d’attaquer l’Iran, avant de se contredire lui-même tant ses propos sous-entendaient une soumission de la puissance américaine à l’État d’Israël[3] ;
  • La grande surprise de Trump de voir l’Iran riposter contre plusieurs pays arabes[4] ;
  • Les dégradations subies par les pays arabes alliés des États-Unis de nature à entamer leur confiance dans la protection par l’armée américaine ;
  • Les efforts diplomatiques pour arrêter la guerre en Ukraine et la création du Board of Peace, en totale contradiction avec la dégradation de la situation sécuritaire dans le Moyen-Orient ;
  • La déclaration de Trump au peuple iranien de se mobiliser lui-même pour renverser le régime politique en place ;
  • Les velléités du recours aux Kurdes en Iran pour combattre le régime des mollahs, susceptibles d’embraser davantage la région ;
  • Les conséquences économiques de l’augmentation du prix du baril de pétrole et du prix de l’essence pour les consommateurs américains ;
  • L’incertitude sur l’issue finale des opérations militaires en cours ;
  • L’affaiblissement de la puissance américaine aux yeux du monde.

1. L’influence d’Israël dans le déclenchement de la guerre en Iran

La motivation de l’intervention américaine en Iran se situe dans les pressions exercées par Benjamin Nethanyahu sur Trump. En une année, le Premier ministre israélien s’est rendu sept fois à la Maison Blanche[5] pour marteler sa demande d’attaquer l’Iran. Il faut dire que l’Iran est une épine dans le pied d’une partie de l’élite politique israélienne qui poursuit une stratégie de domination régionale. La fragilisation de l’Iran est une longue obsession de Netanyahu qui affirme depuis des décennies que ce pays est sur le point de se doter d’une arme nucléaire, des affirmations contredites par les Nations Unies.

Plusieurs semaines avant l’attaque du 28 février, une offensive militaire contre l’Iran était en discussion entre Israël et les États-Unis. Cependant, les États-Unis ont commencé à négocier avec l’Iran sur le programme nucléaire. Le 11 février 2026, soit 17 jours avant l’attaque de l’Iran, Netanyahu s’est rendu à la Maison Blanche, déterminé à garder Trump sur la voie de la guerre.[6] De son côté, le journaliste Tucker Carlson a exhorté Trump à résister à Netanyahu, mais Trump lui a précisé qu’il n’avait d’autre choix que de s’associer à une frappe menée par Israël. On se demande pourquoi ? Quelques jours après cette attaque, Netanyahu a de nouveau appelé la Maison Blanche pour s’assurer que Trump ne conduisait pas des négociations cachées avec l’Iran pour arrêter la guerre.[7]

Il faut reconnaître que l’État d’Israël est actuellement dirigé par une coalition d’extrême-droite, avec un rôle majeur joué par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir et le ministre de la Défense Bezalel Smotrich. Critiqué en interne et poursuivi pour corruption par la justice de son pays, une situation politique et sécuritaire continuellement tendue semble assurer la survie politique de Netanyahu, de l’homme politique sans doute le plus influent depuis la création de l’État d’Israël en 1948. Il est possible que ce dernier fasse chanter Trump par le truchement du dossier Epstein pour obtenir son implication continue en Iran, en dépit de l’opposition massive du peuple américain.

Par ailleurs, il n’est pas exclu que Trump soit sur surveillance. Le jour du lancement de l’opération Epic Fury, la Maison Blanche a publié deux photos : une photo où l’on voit assis dans la Situation Room de la Maison Blanche le Vice-Président JD Vance et la directrice du Renseignement national Tulsi Gabbard notamment, deux personnalités en vérité opposées à la guerre ; puis une autre photo où l’on voit le Président Trump assis dans une salle de réunion à Mar-a-Lago en Floride, entouré de trois personnalités : le secrétaire d’État Marco Rubio, le directeur de la CIA John Ratcliffe et la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche Susie Wiles,[8] lesquels ont vraisemblablement soutenu l’intervention militaire, en soutien à Israël.

S’agissant de Marco Rubio, Trump a déclaré dans un tweet du 13 octobre 2015 que le milliardaire pro-israélien Sheldon Adelson souhaitait financer Rubio pour le transformer en “une parfaite petite marionnette”.[9] Très actif dans la défense de l’État d’Israël et contre la création d’un État palestinien, Sheldon Adelson a financièrement soutenu Netanyahu qui lui doit sa première élection comme Premier ministre en 1996. À l’arrivée de Netanyahou au pouvoir, ses conseillers américains élaborent le projet « Clean Break » visant à empêcher la création d’un État palestinien et à renverser les gouvernements des pays opposés, en particulier l’Irak, la Syrie et l’Iran. Près de 5 ans plus tard, certains de ces conseillers accèdent à des postes clés dans l’administration Bush et militeront activement pour la guerre en Irak. Sheldon Adelson a également été le plus grand contributeur aux campagnes électorales de Trump de 2016 et 2020.[10] Décédé en 2021, son épouse israélo-Américaine, Miriam Adelson, poursuit la même vision, donnant 250 millions dollars à la campagne de Trump de 2024. En décembre 2025, elle a promis à Trump 250 millions supplémentaires pour l’aider à obtenir un éventuel troisième mandat.[11]

S’agissant de John Ratcliffe, un audio a fuité l’année dernière dans lequel on entend Elliot Brandt, le CEO de l’AIPAC[12] (dont la construction du siège à Washington a été notamment financée par Adelson), parler de l’influence de ce groupe de lobby pro-israélien dans le choix des personnes nommées au sein l’administration Trump. Elliot Brandt cite à cet effet Marco Rubio, Mike Waltz (nommé ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU quelques mois plus tard) et la représentante Elise Stefanik (récipiendaire du prix « Dr. Miriam and Sheldon Adelson Defender of Israel » en mars 2024[13]), comme des contacts permettant l’accès à des informations privilégiées. Elliot Brandt cite enfin John Ratcliffe que l’AIPAC avait approché plus tôt et qui venait d’être nommé directeur de la CIA par Trump. Le CEO de l’AIPAC qualifie ces individus de bouées de sauvetage.[14] S’agissant enfin de Susie Wiles, elle a travaillé pour la campagne politique de Netanyahu en 2020.[15] En résumé, Il n’est pas insensé de s’interroger si l’équipe resserrée de Trump, présente à Mar-a-Lago et non à Washington le jour du lancement de l’opération Epic Fury, joue un rôle de surveillance et de caution politique.

En somme, on peut établir un faisceau d’indices révélateur d’un début de rationalité à l’intervention américaine en Iran : la déstabilisation et la fragilisation politique de l’Iran dans la suite de celles de l’Irak et de la Syrie au profit du projet du “Grand Israël” ; l’intérêt de détourner l’attention du grand public de l’affaire Epstein qui met en cause de nombreuses personnalités puissantes dans le monde ; les pressions et le chantage qu’exercerait Netanyanu sur Trump sur fonds du dossier Epstein ; le rabattement des cartes en politique intérieure en faveur de Netanyahu qui presse le Président israélien Isaac Herzog de lui accorder une grâce présidentielle, une demande récemment appuyée par Trump.[16] Autrement dit, les deux dirigeants américain et israélien auraient un intérêt politique personnel dans la guerre en Iran, pour leur survie politique, mais un intérêt contraire aux intérêts vitaux des pays qu’ils représentent.

2. L’impact sur les relations israélo-américaines

La guerre en Iran emporte des conséquences sur les relations privilégiées entre Israel et les États-Unis. L’influence israélienne aux États-Unis, un acquis de longue date, est en train de se fissurer. De plus en plus d’Américains estiment en effet que l’avenir de leur pays est obéré par la position constamment agressive de Netanyahu.

Ce sentiment a été également renforcé par l’assassinat de Charlie Kirk le 10 septembre 2025 que certains attribuent à sa position de plus en plus critique à l’égard de la politique de Netanyahu.[17] A la tête de Turning Point USA, dispositif clé de la machine politique de Trump, et influent auprès de la jeunesse, Kirk avait notamment questionné la responsabilité de Netanyahu dans les massacres perpétrés en Israël par le Hamas le 7 octobre 2023.[18] Aussi, la circonstance que Netanyahu se soit-il précipité sur une chaîne de télévision américaine le lendemain même de l’assassinat de Kirk pour déclarer l’amour que ce dernier avait pour Israël et accuser les islamistes de l’avoir abattu, alors même que Kirk opérait un nuancement de position qui venait de lui coûter un retrait de donateurs juifs, avait été perçue pour le moins étrange et indécente.  

De façon plus récente, les déclarations de Joe Kent sont de nature à accentuer la fracture entre Israël et le peuple américain. Nommé l’an dernier par Trump à la tête du Centre national de lutte contre le terrorisme, Joe Kent a annoncé sa démission dans une lettre sensationnelle adressée à Trump, publiée ce 17 mars sur son compte X.[19] Ancien soldat déployé en Irak et dont la femme soldat est décédée en Syrie, Kent écrit que « l’Iran ne posait aucune menace imminente » pour les États-Unis et que la guerre en Iran avait été déclenchée « sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain ». Ensuite, ce 18 mars, Kent a déclaré au journaliste Tucker Carlson avoir rencontré Kirk en juin 2025, celui-ci lui avait alors demandé de stopper une guerre avec l’Iran.[20] Il est vrai que dans un message publié sur son compte X le 17 juin 2025, soit 4 jours après la première attaque américaine contre l’Iran, Kirk s’est fortement opposé à un changement de régime en Iran, craignant une guerre civile, des centaines de milliers de morts et le chaos.[21] Il sera assassiné trois mois plus tard.

En somme, la situation dans le Moyen-Orient exige un regard à travers, non des lunettes en noir et blanc, mais des lunettes en couleurs. Israël a le droit absolu d’exister et il y a des forces extrémistes régionales qui lui dénient ce droit. Force cependant est de constater qu’il y a des extrémistes des deux côtés. Israël est aujourd’hui dirigé par une coalition d’extrême droite dont la violence inouïe nuit aux intérêts du pays. En occident, le simple questionnement de la politique de Netanyahu, pourtant critiqué lui-même en Israël, est assimilé à de l’antisémitisme, ce qui est susceptible de contribuer paradoxalement et malheureusement à la banalisation du crime que constitue l’antisémitisme. Il est triste de constater aujourd’hui que l’extrémisme de Netanyahu est en train de torpiller durablement les intérêts légitimes du peuple juif. Il est absolument urgent pour tous de faire une distinction claire entre l’extrémisme d’une faction politique et la communauté juive vectrice de l’une des contributions les plus riches à la civilisation humaine.  

Conclusion

Le Président américain semble désormais pris dans une hubris qui peut l’entraîner vers une némésis. Il faut souhaiter qu’il se ressaisisse. Primo, il est urgent pour Trump de faire preuve de transparence dans l’affaire Epstein en prenant certaines décisions politiques : lancer des poursuites judiciaires contre des personnalités incriminées dans cette affaire ; démettre des personnalités politiques proches éclaboussées par ladite affaire, comme le secrétaire au commerce Howard Lutnick qui a déclaré avoir rompu les liens avec Epstein, avant d’être contredit par un courriel qui révélait sa visite postérieure sur l’île d’Epstein. Secundo, il est urgent pour Trump d’arrêter immédiatement la guerre en Iran. Il doit comprendre que s’il n’agit pas en ce sens, il perdrait les élections de mi-mandat. Son mandat serait alors non seulement terminé en termes de capacité d’action, mais il s’exposerait à une éventuelle procédure d’impeachment lancée par ses virulents opposants.

L’entêtement de Trump sur les deux dossiers précités prendra de plus en plus la forme d’une trahison des électeurs. L’enquête du FBI lancée contre Joe Kent et l’enquête potentielle de la CIA contre Tucker Carlson,[22] deux anciens soutiens, témoigneraient de cette trahison politique. Dans ce cas, le seul moyen d’arrêter Trump serait d’obtenir un rééquilibrage des pouvoirs à travers les élections de mi-mandat, non pour donner du pouvoir au parti Démocrate qui a déçu et continue de bloquer l’émergence d’acteurs politiques décents, mais pour neutraliser les deux partis politiques dans l’attente d’une nouvelle alternance. En ce sens, quatre principales figures semblent émerger, des personnalités qui ont su aller au-delà des intérêts partisans et pourraient fédérer des parties importantes des deux bords politiques : le représentant Républicain Thomas Massie, le journaliste Tucker Carlson, et deux anciens Démocrates, la directrice du Renseignement national Tulsi Gabbard et le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr.


[1] France Info, 3 March 2026, www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/guerre-au-moyen-orient-les-americains-soutiennent-ils-donald-trump_7843313.html

[2] MSN, 19 March 2026, www.msn.com/en-us/news/world/donald-trump-gets-clear-message-from-americans-in-new-iran-poll/ar-AA1Z0WXQ

[3] Rapid Response 47, X account, 2 March 2026, https://x.com/rapidresponse47/status/2028576202420535469

[4] CNN, 2 March 2026, www.cnn.com/2026/03/02/politics/trump-interview-iran-jake-tapper

[5] Tucker Carlson Network, Feb. 2026, https://www.facebook.com/reel/3809405225861328

[6] New York Times, 2 March 2026, www.nytimes.com/2026/03/02/us/politics/trump-war-iran-israel.html

[7] Axios, 4 March 2026, www.axios.com/2026/03/04/iran-netanyahu-trump-white-house-talks

[8] France 24, 1 March 2026, www.france24.com/en/americas/20260228-in-pictures-white-house-releases-photos-of-trump-vance-during-operation-epic-fury

[9] Times of Israel, 13 Jan. 2021, www.timesofisrael.com/backed-by-deep-pockets-adelson-made-mark-with-unwavering-focus-on-israel/

[10] Times of Israel, 12 Jan. 2021, www.timesofisrael.com/las-vegas-mogul-sheldon-adelson-major-trump-and-netanyahu-backer-dies-at-87/ ; Times of Israel, 13 Jan. 2021, www.timesofisrael.com/backed-by-deep-pockets-adelson-made-mark-with-unwavering-focus-on-israel/

[11] Disclose.tv, 16 Dec. 2025, https://x.com/disclosetv/status/2001108920237015432

[12] AIPAC, American Israel Public Affairs Committee.

[13] Stefanik, 18 March 2024, https://stefanik.house.gov/2024/3/stefanik-accepts-dr-miriam-and-sheldon-g-adelson-defender-of-israel-award-at-zoa-gala

[14] The Grayzone, 9 April 2025, https://x.com/thegrayzonenews/status/1910101143268508094

[15] Washington Post, 23 June 2025, www.washingtonpost.com/politics/2025/06/23/trump-netanyahu-wiles-campaign/

[16] The Atlantic, 11 March 2026, www.theatlantic.com/international/2026/03/netanyahu-iran-war/686323/

[17] Sun Sentinel, 14 Oct. 2025, www.sun-sentinel.com/2025/10/14/jewish-donors-play-into-all-the-stereotypes-charlie-kirk-wrote-in-leaked-text-messages-before-his-murder/

[18] Trump Fact News, Charlie Kirk Interview, X account, 12 March 2026, https://x.com/trump_fact_news/status/2032072621211222344

[19] Joe Kent, 17 March 2026, https://x.com/joekent16jan19/status/2033897242986209689

[20] Tucker Carlson, 18 March 2026, https://x.com/tuckercarlson/status/2034444911521513660

[21] Charlie Kirk, X account, 17 June 2025, https://x.com/charliekirk11/status/1935058728253825410

[22] WION, 18 March 2026, www.wionews.com/photos/-meetings-in-iran-why-tucker-carlson-claims-cia-is-investigating-him-and-why-washington-is-denying-it-1773830949066/1773830949067

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