CHRONIQUES D’ACTUALITÉ #237 – L’ADMINISTRATION TRUMP : DE L’ÎLE D’EPSTEIN AU MOYEN-ORIENT

Dans sa chronique 233 du 27 juin 2025, Views Post qualifiait l’attaque américaine contre l’Iran du 13 juin 2025 d’« erreur politique », avant d’ajouter : « une puissance digne de ce nom doit examiner (…) les implications d’une frappe militaire de grande envergure ». La nouvelle attaque menée le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran n’est plus une erreur politique, c’est une faute politique aux conséquences désastreuses pour le Moyen-Orient et pour la paix internationale. Cette nouvelle attaque est une violation flagrante du droit international. Elle contrevient en particulier à l’article 2.4 de la Charte de l’ONU qui dispose que : « les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force (…) contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État (…) ».

Cette opération lancée contre l’Iran n’est pas un acte isolé, elle s’inscrit dans la suite d’une série d’actions et de déclarations publiques : l’opération militaire du 3 janvier 2026 au Venezuela qui a conduit à l’enlèvement du président Vénézuélien et de son épouse, suivie de la saisie illégale du pétrole de ce pays ; les menaces d’annexion du Groenland ; les annonces d’annexion du Canada ; ou encore la requalification du ministère de la Défense en “ministère de la guerre” en septembre dernier.

Donald Trump a été élu avec un agenda précis qui l’a conduit à lancer immédiatement des actions saluées par sa base électorale. Il a ainsi entrepris d’auditer les dépenses publiques et de combattre la corruption avec la création du DOGE ; il a commencé à restaurer l’économie américaine ; il a mené plusieurs tentatives diplomatiques visant à mettre fin au conflit en Ukraine et a même reçu le président Vladimir Poutine sur le sol américain le 15 août 2025 ; il a combattu les dérives du wokisme contre les valeurs traditionnelles morales et familiales ; il a sécurisé les frontières et réduit l’immigration illégale ; il a ouvert une guerre douanière visant notamment la Chine, étant conscient que la mondialisation avait durablement fragilisé les États-Unis et l’occident en général, au profit de la Chine ; il a retiré son pays de l’OMS, responsable de la gestion calamiteuse de la pandémie du Covid-19.

Pendant plusieurs mois, l’action politique générale de Trump est soutenue par ses électeurs et même au-delà. Néanmoins, certaines limites commençaient à poindre en raison d’une hyperactivité tous azimuts qui révélait un brin de dilettantisme, non sans lien avec une personnalité de Trump qui s’incarne excessivement dans l’exercice du pouvoir.

En matière de dépenses publiques, la création de DOGE[1] par exemple a permis de mettre à nu le mauvais usage et la dilapidation des deniers publics, voire la corruption. Pourtant, loin de pallier les difficultés du DOGE, il a été mis fin à la centralisation de ses efforts, ce qui a contribué à neutraliser cette institution. La maîtrise des dépenses publiques ne semble plus une priorité. Ainsi, par rapport au budget de 2025, le budget de 2026, qui a connu une augmentation relative, a certes été caractérisé par une réduction des dépenses pour la majorité des départements, mais surtout par une augmentation notable de 13% pour la défense.[2] Depuis le début de cette année, l’administration Trump propose même un budget historique de la défense de 1.500 milliards de dollars pour 2027, soit une augmentation exceptionnelle de plus de 65%[3] en un an, de quoi renforcer l’Etat profond qu’elle était censée démanteler. Pourtant, en matière de défense, les États-Unis dépensaient déjà en 2025 plus que les 9 pays combinés suivants : la Chine, la Russie, l’Inde, l’Arabie Saoudite, le Royaume Uni, l’Allemagne, la France, le Japon et la Corée du Sud.

Par ailleurs, au titre de la lutte contre le wokisme qui s’est répandu en 2020 après le meurtre de George Floyd, Trump a précisément abrogé le décret (“Executive Order”) 11246 du 24 septembre 1965. Pierre angulaire de la lutte contre la discrimination à l’embauche pendant près de 60 ans aux États-Unis, ce décret obligeait pourtant les fournisseurs et sous-traitants du gouvernement fédéral à diagnostiquer et à corriger en leur sein des discriminations éventuelles contre toutes les catégories ethno-raciales et contre le genre, en établissant des objectifs aspirationnels et pas forcément des quotas. Traiter sans nuance la question raciale, à l’origine de la guerre de Sécession qui a failli entraîner une scission du pays et aux implications encore ressenties aujourd’hui au regard notamment de la population carcérale, est une gageure.

Enfin, en matière d’immigration, l’administration Trump est vite parvenue à endiguer les entrées illégales constantes des populations étrangères à travers la frontière sud des États-Unis. Il faut dire que sous la présidence de Joe Biden a eu lieu la plus forte augmentation de l’immigration de l’histoire américaine, avec 2,4 millions de migrants en moyenne par an entre 2021 et 2023, ce qui a entrainé une pression sur les services sociaux.[4] Seulement, ce succès s’est accompagné de nombreux dérapages : l’organisation de guet-apens par des forces de police pour arrêter des individus dont les dossiers suivaient leur cours judiciaire ; la suspension du cours normal des procédures d’immigration ; un climat de peur parmi les immigrants légaux ; la mort de deux citoyens américains abattus par la police ; la mise en place d’obstacles contre la visite des centres de détention par les parlementaires[5] ; la suspension généralisée des délivrances de visas ; l’obligation pour les demandeurs d’ESTA de divulguer le contenu de leurs activités sur les réseaux sociaux lors de leur entrée sur le territoire américain[6] ; etc. La situation a été telle que Trump a été obligé de démettre deux personnes clés de son dispositif : le commandant de la patrouille frontalière Gregory Bovino en janvier, puis la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem en mars.

Nonobstant ces limites, Trump a continué à bénéficier du soutien d’une partie importante de la population en raison du respect général de l’agenda politique et des succès engrangés les premiers mois de son mandat. Pourtant, cette dynamique est aujourd’hui remise en cause par deux dossiers : l’affaire Epstein et l’intervention en Iran. Ces deux affaires sont en effet au cœur du mandat confié à Trump pour réduire la voilure de l’establishment. La perte de confiance qui en découle au sein même du mouvement MAGA est en train de vider de substance ce mandat.

I. L’AFFAIRE EPSTEIN

D’emblée, il faut reconnaître à Trump que c’est sous sa présidence que les fichiers du dossier Epstein ont été révélés au grand public. Toutefois, la vérité est que ce mérite revient au mouvement MAGA qui a été une force positive et dont on souhaiterait voir, toutes proportions gardées, un équivalent chez les Démocrates. La gestion de l’affaire Epstein par l’administration Trump est une catastrophe susceptible de vider de substance le mandat en cours.

En effet, après avoir promis la divulgation des fichiers Epstein au cours de la campagne présidentielle, Trump s’y est opposé par des manœuvres plus ou moins dilatoires. Le 21 février 2025, sa ministre de la Justice Pam Bondi déclarait ainsi détenir la liste des clients d’Epstein,[7] avant d’en nier l’existence dans un rapport de juillet 2025.[8] Il a fallu l’entregent et le courage politique de deux Représentants Républicain et Démocrate, Ro Khanna et Thomas Massie, pour initier et faire voter la loi bipartisane Epstein Files Transparency Act, obligeant l’administration Trump à publier ces documents, non sans en avoir retenu une partie et massivement caviardé des extraits, emails, noms, photos et vidéos.

Les 3 millions de documents publiés révèlent l’existence d’un puissant réseau de pédo-criminalité et offrent un regard saisissant sur une élite occidentale (politiques, personnalités publiques, milliardaires…) hors de contrôle. De manière non exhaustive, ces documents mettent à nu une industrie d’exploitation sexuelle d’enfants bénéficiant d’une complicité des autorités publiques ; des trafics d’êtres humains ; des expériences biologiques forcées sur les victimes ; des jeunes femmes et mineures réduites à l’état d’esclavage, engrossées pour enfanter des bébés[9] destinés à alimenter un marché d’esclaves ; des tortures exercées sur des mineurs et des bébés ; l’assassinat des victimes ; la consommation de leur chair humaine ; des rituels sataniques, etc.

Opérant sous la fausse casquette de financier, Jeffrey Epstein avait pignon sur rue dans la haute société, y compris après une condamnation pénale en 2008 pour trafic de prostituées mineures. Apparaissant comme un agent du Mossad israélien voire de la CIA, il intervenait dans plusieurs dossiers concernant de nombreux pays, dossiers politiques, économiques, financiers, scientifiques, sanitaires, artistiques, ésotériques… Dans un de ses courriels, Epstein affirme être au service des Rothschilds et déclare, dans un autre entretien vidéo, avoir été recruté à l’âge de 32 ans par David Rockefeller au sein de la Commission Trilatérale. Les fichiers publiés dressent en filigrane un réseau de compromission et de chantage de personnalités filmées à dessein dans leurs agissements criminels.[10]

Epstein et ses maîtres s’inspiraient probablement du franquisme, ce mouvement sectaire du 18e siècle créé par un homme, Jacob Frank, qui se considérait comme l’incarnation d’un faux messie juif nommé Sabbatai Zevi. Jacob Frank déclarait à ses partisans : « Je ne suis pas venu pour élever vos esprits, mais pour vous humilier jusqu’au fond de l’abîme, là où l’on ne peut descendre plus bas, et d’où aucun homme ne peut se relever par ses propres forces, mais seulement si Dieu le tire des profondeurs par sa main puissante ». Par « abîme », Jacob Franck entendait des rituels sexuels comprenant des orgies dites sacrées, avec une touche d’inceste.[11]

L’affaire Epstein est devenue aujourd’hui un éléphant dans la pièce, elle ne peut plus être ignorée ni politiquement ni judiciairement, sans conséquences. Si cette affaire a déjà entrainé la démission de plusieurs personnalités dans le monde, aucune n’a toujours été inquiétée par la justice américaine. Plusieurs sont désormais convaincus que Trump serait impliqué dans ce dossier et ferait par conséquent l’objet d’un chantage de la part d’Israël sur la gestion du dossier iranien.  

II. L’INTERVENTION MILITAIRE EN IRAN

Donald Trump a été élu avec un credo « America First », caractérisé par le refus des interventions militaires à l’étranger. Trump a commencé par violer cet engagement en attaquant l’Iran en juin 2025. Cette attaque a révélé une relative nervosité de Trump à l’égard de l’agressivité du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Il s’était ensuite précipité pour mettre fin aux hostilités, évitant de franchir la ligne rouge d’un changement de régime. Puis, il y a eu l’attaque illégale au Venezuela qui a entaché l’image de Trump d’autant que l’on s’est aperçu que cette décision ne reposait sur aucune justification morale ou une stratégie politique cohérente.

Ensuite, il y a eu les récentes attaques américaines et israéliennes du 28 février 2026, absolument contreproductives. Il semble une fois de plus que les autorités américaines ont autorisé ces frappes sans une réflexion rigoureuse et sans une stratégie sérieuse sur les implications et les conséquences potentielles. Plusieurs faits en témoignent :

  • La motivation des attaques par l’existence d’un arsenal nucléaire en Iran, intenable en raison des déclarations de Trump confirmant la destruction de cet arsenal en juin dernier ;
  • L’approbation de l’intervention en Iran par seulement 27% d’Américains début mars[12] ;
  • L’approbation de l’envoi des troupes en Iran par moins de 10% des Américains seulement[13] ;
  • L’affirmation par le secrétaire d’État Marco Rubio que les États-Unis étaient intervenus parce qu’Israël était sur le point d’attaquer l’Iran, avant de se contredire lui-même tant ses propos sous-entendaient une soumission de la puissance américaine à l’État d’Israël[14] ;
  • La grande surprise de Trump de voir l’Iran riposter contre plusieurs pays arabes[15] ;
  • Les dégradations subies par les pays arabes alliés des États-Unis de nature à entamer leur confiance dans la protection par l’armée américaine ;
  • Les efforts diplomatiques pour arrêter la guerre en Ukraine et la création du Board of Peace, en totale contradiction avec la dégradation de la situation sécuritaire dans le Moyen-Orient ;
  • La déclaration de Trump au peuple iranien de se mobiliser lui-même pour renverser le régime politique en place ;
  • Les velléités du recours aux Kurdes en Iran pour combattre le régime des mollahs, susceptibles d’embraser davantage la région ;
  • Les conséquences économiques de l’augmentation du prix du baril de pétrole et du prix de l’essence pour les consommateurs américains ;
  • L’incertitude sur l’issue finale des opérations militaires en cours ;
  • L’affaiblissement de la puissance américaine aux yeux du monde.

1- L’influence d’Israël dans le déclenchement de la guerre en Iran

La motivation de l’intervention américaine en Iran se situe dans les pressions exercées par Benjamin Nethanyahu sur Trump. En une année, le Premier ministre israélien s’est rendu sept fois à la Maison Blanche[16] pour marteler sa demande d’attaquer l’Iran. Il faut dire que l’Iran est une épine dans le pied d’une partie de l’élite politique israélienne qui poursuit une stratégie de domination régionale. La fragilisation de l’Iran est une longue obsession de Netanyahu qui affirme depuis des décennies que ce pays est sur le point de se doter d’une arme nucléaire, des affirmations contredites par les Nations Unies.

Plusieurs semaines avant l’attaque du 28 février, une offensive militaire contre l’Iran était en discussion entre Israël et les États-Unis. Cependant, les États-Unis ont commencé à négocier avec l’Iran sur le programme nucléaire. Le 11 février 2026, soit 17 jours avant l’attaque de l’Iran, Netanyahu s’est rendu à la Maison Blanche, déterminé à garder Trump sur la voie de la guerre.[17] De son côté, le journaliste Tucker Carlson a exhorté Trump à résister à Netanyahu, mais Trump lui a précisé qu’il n’avait d’autre choix que de s’associer à une frappe menée par Israël. On se demande pourquoi ? Quelques jours après cette attaque, Netanyahu a de nouveau appelé la Maison Blanche pour s’assurer que Trump ne conduisait pas des négociations cachées avec l’Iran pour arrêter la guerre.[18]

Il faut reconnaître que l’État d’Israël est actuellement dirigé par une coalition d’extrême-droite, avec un rôle majeur joué par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir et le ministre de la Défense Bezalel Smotrich. Critiqué en interne et poursuivi pour corruption par la justice de son pays, une situation politique et sécuritaire continuellement tendue semble assurer la survie politique de Netanyahu, de l’homme politique sans doute le plus influent depuis la création de l’État d’Israël en 1948. Il est possible que ce dernier fasse chanter Trump par le truchement du dossier Epstein pour obtenir son implication continue en Iran, en dépit de l’opposition massive du peuple américain.

Par ailleurs, il n’est pas exclu que Trump soit sur surveillance. Le jour du lancement de l’opération Epic Fury, la Maison Blanche a publié deux photos : une photo où l’on voit assis dans la Situation Room de la Maison Blanche le Vice-Président JD Vance et la directrice du Renseignement national Tulsi Gabbard notamment, deux personnalités en vérité opposées à la guerre ; puis une autre photo où l’on voit le Président Trump assis dans une salle de réunion à Mar-a-Lago en Floride, entouré de trois personnalités : le secrétaire d’État Marco Rubio, le directeur de la CIA John Ratcliffe et la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche Susie Wiles,[19] lesquels ont vraisemblablement soutenu l’intervention militaire, en soutien à Israël.

S’agissant de Marco Rubio, Trump a déclaré dans un tweet du 13 octobre 2015 que le milliardaire pro-israélien Sheldon Adelson souhaitait financer Rubio pour le transformer en “une parfaite petite marionnette”.[20] Très actif dans la défense de l’État d’Israël et contre la création d’un État palestinien, Sheldon Adelson a financièrement soutenu Netanyahu qui lui doit sa première élection comme Premier ministre en 1996. À l’arrivée de Netanyahou au pouvoir, ses conseillers américains élaborent le projet « Clean Break » visant à empêcher la création d’un État palestinien et à renverser les gouvernements des pays opposés, en particulier l’Irak, la Syrie et l’Iran. Près de 5 ans plus tard, certains de ces conseillers accèdent à des postes clés dans l’administration Bush et militeront activement pour la guerre en Irak. Sheldon Adelson a également été le plus grand contributeur aux campagnes électorales de Trump de 2016 et 2020.[21] Décédé en 2021, son épouse israélo-Américaine, Miriam Adelson, poursuit la même vision, donnant 250 millions dollars à la campagne de Trump de 2024. En décembre 2025, elle a promis à Trump 250 millions supplémentaires pour l’aider à obtenir un éventuel troisième mandat.[22]

S’agissant de John Ratcliffe, un audio a fuité l’année dernière dans lequel on entend Elliot Brandt, le CEO de l’AIPAC[23] (dont la construction du siège à Washington a été notamment financée par Adelson), parler de l’influence de ce groupe de lobby pro-israélien dans le choix des personnes nommées au sein l’administration Trump. Elliot Brandt cite à cet effet Marco Rubio, Mike Waltz (nommé ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU quelques mois plus tard) et la représentante Elise Stefanik (récipiendaire du prix « Dr. Miriam and Sheldon Adelson Defender of Israel » en mars 2024[24]), comme des contacts permettant l’accès à des informations privilégiées. Elliot Brandt cite enfin John Ratcliffe que l’AIPAC avait approché plus tôt et qui venait d’être nommé directeur de la CIA par Trump. Le CEO de l’AIPAC qualifie ces individus de bouées de sauvetage.[25] S’agissant enfin de Susie Wiles, elle a travaillé pour la campagne politique de Netanyahu en 2020.[26] En résumé, Il n’est pas insensé de s’interroger si l’équipe resserrée de Trump, présente à Mar-a-Lago et non à Washington le jour du lancement de l’opération Epic Fury, joue un rôle de surveillance et de caution politique.

En somme, on peut établir un faisceau d’indices révélateur d’un début de rationalité à l’intervention américaine en Iran : la déstabilisation et la fragilisation politique de l’Iran dans la suite de celles de l’Irak et de la Syrie au profit du projet du “Grand Israël” ; l’intérêt de détourner l’attention du grand public de l’affaire Epstein qui met en cause de nombreuses personnalités puissantes dans le monde ; les pressions et le chantage qu’exercerait Netanyanu sur Trump sur fonds du dossier Epstein ; le rabattement des cartes en politique intérieure en faveur de Netanyahu qui presse le Président israélien Isaac Herzog de lui accorder une grâce présidentielle, une demande récemment appuyée par Trump.[27] Autrement dit, les deux dirigeants américain et israélien auraient un intérêt politique personnel dans la guerre en Iran, pour leur survie politique, mais un intérêt contraire aux intérêts vitaux des pays qu’ils représentent.

2- L’impact sur les relations israélo-américaines

La guerre en Iran emporte des conséquences sur les relations privilégiées entre Israel et les États-Unis. L’influence israélienne aux États-Unis, un acquis de longue date, est en train de se fissurer. De plus en plus d’Américains estiment en effet que l’avenir de leur pays est obéré par la position constamment agressive de Netanyahu.

Ce sentiment a été également renforcé par l’assassinat de Charlie Kirk le 10 septembre 2025 que certains attribuent à sa position de plus en plus critique à l’égard de la politique de Netanyahu.[28] A la tête de Turning Point USA, dispositif clé de la machine politique de Trump, et influent auprès de la jeunesse, Kirk avait notamment questionné la responsabilité de Netanyahu dans les massacres perpétrés en Israël par le Hamas le 7 octobre 2023.[29] Aussi, la circonstance que Netanyahu se soit-il précipité sur une chaîne de télévision américaine le lendemain même de l’assassinat de Kirk pour déclarer l’amour que ce dernier avait pour Israël et accuser les islamistes de l’avoir abattu, alors même que Kirk opérait un nuancement de position qui venait de lui coûter un retrait de donateurs juifs, avait été perçue pour le moins étrange et indécente.  

De façon plus récente, les déclarations de Joe Kent sont de nature à accentuer la fracture entre Israël et le peuple américain. Nommé l’an dernier par Trump à la tête du Centre national de lutte contre le terrorisme, Joe Kent a annoncé sa démission dans une lettre sensationnelle adressée à Trump, publiée ce 17 mars sur son compte X.[30] Ancien soldat déployé en Irak et dont la femme soldat est décédée en Syrie, Kent écrit que « l’Iran ne posait aucune menace imminente » pour les États-Unis et que la guerre en Iran avait été déclenchée « sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain ». Ensuite, ce 18 mars, Kent a déclaré au journaliste Tucker Carlson avoir rencontré Kirk en juin 2025, celui-ci lui avait alors demandé de stopper une guerre avec l’Iran.[31] Il est vrai que dans un message publié sur son compte X le 17 juin 2025, soit 4 jours après la première attaque américaine contre l’Iran, Kirk s’est fortement opposé à un changement de régime en Iran, craignant une guerre civile, des centaines de milliers de morts et le chaos.[32] Il sera assassiné trois mois plus tard.

En somme, la situation dans le Moyen-Orient exige un regard à travers, non des lunettes en noir et blanc, mais des lunettes en couleurs. Israël a le droit absolu d’exister et il y a des forces extrémistes régionales qui lui dénient ce droit. Force cependant est de constater qu’il y a des extrémistes des deux côtés. Israël est aujourd’hui dirigé par une coalition d’extrême droite dont la violence inouïe nuit aux intérêts du pays. En occident, le simple questionnement de la politique de Netanyahu, pourtant critiqué lui-même en Israël, est assimilé à de l’antisémitisme, ce qui est susceptible de contribuer paradoxalement et malheureusement à la banalisation du crime que constitue l’antisémitisme. Il est triste de constater aujourd’hui que l’extrémisme de Netanyahu est en train de torpiller durablement les intérêts légitimes du peuple juif. Il est absolument urgent pour tous de faire une distinction claire entre l’extrémisme d’une faction politique et la communauté juive vectrice de l’une des contributions les plus riches à la civilisation humaine. 

Conclusion

Le Président américain semble désormais pris dans une hubris qui peut l’entraîner vers une némésis. Il faut souhaiter qu’il se ressaisisse. Primo, il est urgent pour Trump de faire preuve de transparence dans l’affaire Epstein en prenant certaines décisions politiques : lancer des poursuites judiciaires contre des personnalités incriminées dans cette affaire ; démettre des personnalités politiques proches éclaboussées par ladite affaire, comme le secrétaire au commerce Howard Lutnick qui a déclaré avoir rompu les liens avec Epstein, avant d’être contredit par un courriel qui révélait sa visite postérieure sur l’île d’Epstein. Secundo, il est urgent pour Trump d’arrêter immédiatement la guerre en Iran. Il doit comprendre que s’il n’agit pas en ce sens, il perdrait les élections de mi-mandat. Son mandat serait alors non seulement terminé en termes de capacité d’action, mais il s’exposerait à une éventuelle procédure d’impeachment lancée par ses virulents opposants.

L’entêtement de Trump sur les deux dossiers précités prendra de plus en plus la forme d’une trahison des électeurs. L’enquête du FBI lancée contre Joe Kent et l’enquête potentielle de la CIA contre Tucker Carlson,[33] deux anciens soutiens, témoigneraient de cette trahison politique. Dans ce cas, le seul moyen d’arrêter Trump serait d’obtenir un rééquilibrage des pouvoirs à travers les élections de mi-mandat, non pour donner du pouvoir au parti Démocrate qui a déçu et continue de bloquer l’émergence d’acteurs politiques décents, mais pour neutraliser les deux partis politiques dans l’attente d’une nouvelle alternance. En ce sens, quatre principales figures semblent émerger, des personnalités qui ont su aller au-delà des intérêts partisans et pourraient fédérer des parties importantes des deux bords politiques : le représentant Républicain Thomas Massie, le journaliste Tucker Carlson, et deux anciens Démocrates, la directrice du Renseignement national Tulsi Gabbard et le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr.


[1] DOGE, Department of Government Efficiency

[2] USA Facts, 26 June 2025, https://usafacts.org/articles/whats-in-trumps-2026-proposed-budget/ ; White House, 2 May 2025, www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/05/Fiscal-Year-2026-Discretionary-Budget-Request.pdf

[3] Reuters, 7 Jan. 2026, www.reuters.com/world/us/trump-says-us-military-budget-2027-should-be-15-trillion-2026-01-07/

[4] New York Times, 11 Dec. 2024, www.nytimes.com/2024/12/11/briefing/us-immigration-surge.html

[5] NBC News, 2 March 2026, www.nbcnews.com/news/us-news/federal-judge-nixes-latest-policy-requiring-7-days-notice-congress-mem-rcna261401

[6] Federal Register, 10 Dec. 2025, www.federalregister.gov/documents/2025/12/10/2025-22461/agency-information-collection-activities-revision-arrival-and-departure-record-form-i-94-and

[7] Fox News, 21 Feb. 2025, www.foxnews.com/politics/bondi-says-epstein-client-list-sitting-my-desk-right-now-reviewing-jfk-mlk-files

[8] Axios, 6 July 2025, www.axios.com/2025/07/07/jeffrey-epstein-suicide-client-list-trump-administration

[9] Carnets d’une victime d’Epstein, 5 Feb. 2026, https://www.facebook.com/share/1AheJyTgXT/

[10] Charlie kirk on Epstein: 4 Jan. 2024, https://x.com/keithwoodsyt/status/1742977166701162914

[11] Jacob Frank, 23 Aug. 2018, https://anumuseum.org.il/blog/jacob-frank/  

[12] France Info, 3 March 2026, www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/guerre-au-moyen-orient-les-americains-soutiennent-ils-donald-trump_7843313.html

[13] MSN, 19 March 2026, www.msn.com/en-us/news/world/donald-trump-gets-clear-message-from-americans-in-new-iran-poll/ar-AA1Z0WXQ

[14] Rapid Response 47, X account, 2 March 2026, https://x.com/rapidresponse47/status/2028576202420535469

[15] CNN, 2 March 2026, www.cnn.com/2026/03/02/politics/trump-interview-iran-jake-tapper

[16] Tucker Carlson Network, Feb. 2026, https://www.facebook.com/reel/3809405225861328

[17] New York Times, 2 March 2026, www.nytimes.com/2026/03/02/us/politics/trump-war-iran-israel.html

[18] Axios, 4 March 2026, www.axios.com/2026/03/04/iran-netanyahu-trump-white-house-talks

[19] France 24, 1 March 2026, www.france24.com/en/americas/20260228-in-pictures-white-house-releases-photos-of-trump-vance-during-operation-epic-fury

[20] Times of Israel, 13 Jan. 2021, www.timesofisrael.com/backed-by-deep-pockets-adelson-made-mark-with-unwavering-focus-on-israel/

[21] Times of Israel, 12 Jan. 2021, www.timesofisrael.com/las-vegas-mogul-sheldon-adelson-major-trump-and-netanyahu-backer-dies-at-87/ ; Times of Israel, 13 Jan. 2021, www.timesofisrael.com/backed-by-deep-pockets-adelson-made-mark-with-unwavering-focus-on-israel/

[22] Disclose.tv, 16 Dec. 2025, https://x.com/disclosetv/status/2001108920237015432

[23] AIPAC, American Israel Public Affairs Committee.

[24] Stefanik, 18 March 2024, https://stefanik.house.gov/2024/3/stefanik-accepts-dr-miriam-and-sheldon-g-adelson-defender-of-israel-award-at-zoa-gala

[25] The Grayzone, 9 April 2025, https://x.com/thegrayzonenews/status/1910101143268508094

[26] Washington Post, 23 June 2025, www.washingtonpost.com/politics/2025/06/23/trump-netanyahu-wiles-campaign/

[27] The Atlantic, 11 March 2026, www.theatlantic.com/international/2026/03/netanyahu-iran-war/686323/

[28] Sun Sentinel, 14 Oct. 2025, www.sun-sentinel.com/2025/10/14/jewish-donors-play-into-all-the-stereotypes-charlie-kirk-wrote-in-leaked-text-messages-before-his-murder/

[29] Trump Fact News, Charlie Kirk Interview, X account, 12 March 2026, https://x.com/trump_fact_news/status/2032072621211222344

[30] Joe Kent, 17 March 2026, https://x.com/joekent16jan19/status/2033897242986209689

[31] Tucker Carlson, 18 March 2026, https://x.com/tuckercarlson/status/2034444911521513660

[32] Charlie Kirk, X account, 17 June 2025, https://x.com/charliekirk11/status/1935058728253825410

[33] WION, 18 March 2026, www.wionews.com/photos/-meetings-in-iran-why-tucker-carlson-claims-cia-is-investigating-him-and-why-washington-is-denying-it-1773830949066/1773830949067

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