CHRONIQUES D’ACTUALITÉ #237 – L’ADMINISTRATION TRUMP : DE L’ÎLE D’EPSTEIN AU MOYEN-ORIENT (Partie 1/2)

~ Introduction & I. L’affaire Epstein (Partie 1/2)

~ II. L’intervention militaire en Iran & Conclusion (Partie 2/2)

Introduction

Dans sa chronique 233 du 27 juin 2025, Views Post qualifiait l’attaque américaine contre l’Iran du 13 juin 2025 d’« erreur politique », avant d’ajouter : « une puissance digne de ce nom doit examiner (…) les implications d’une frappe militaire de grande envergure ». La nouvelle attaque menée le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran n’est plus une erreur politique, c’est une faute politique aux conséquences désastreuses pour le Moyen-Orient et pour la paix internationale. Cette nouvelle attaque est une violation flagrante du droit international. Elle contrevient en particulier à l’article 2.4 de la Charte de l’ONU qui dispose que : « les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force (…) contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État (…) ».

Cette opération lancée contre l’Iran n’est pas un acte isolé, elle s’inscrit dans la suite d’une série d’actions et de déclarations publiques : l’opération militaire du 3 janvier 2026 au Venezuela qui a conduit à l’enlèvement du président Vénézuélien et de son épouse, suivie de la saisie illégale du pétrole de ce pays ; les menaces d’annexion du Groenland ; les annonces d’annexion du Canada ; ou encore la requalification du ministère de la Défense en “ministère de la guerre” en septembre dernier.

Donald Trump a été élu avec un agenda précis qui l’a conduit à lancer immédiatement des actions saluées par sa base électorale. Il a ainsi entrepris d’auditer les dépenses publiques et de combattre la corruption avec la création du DOGE ; il a commencé à restaurer l’économie américaine ; il a mené plusieurs tentatives diplomatiques visant à mettre fin au conflit en Ukraine et a même reçu le président Vladimir Poutine sur le sol américain le 15 août 2025 ; il a combattu les dérives du wokisme contre les valeurs traditionnelles morales et familiales ; il a sécurisé les frontières et réduit l’immigration illégale ; il a ouvert une guerre douanière visant notamment la Chine, étant conscient que la mondialisation avait durablement fragilisé les États-Unis et l’occident en général, au profit de la Chine ; il a retiré son pays de l’OMS, responsable de la gestion calamiteuse de la pandémie du Covid-19.

Pendant plusieurs mois, l’action politique générale de Trump est soutenue par ses électeurs et même au-delà. Néanmoins, certaines limites commençaient à poindre en raison d’une hyperactivité tous azimuts qui révélait un brin de dilettantisme, non sans lien avec une personnalité de Trump qui s’incarne excessivement dans l’exercice du pouvoir.

En matière de dépenses publiques, la création de DOGE[1] par exemple a permis de mettre à nu le mauvais usage et la dilapidation des deniers publics, voire la corruption. Pourtant, loin de pallier les difficultés du DOGE, il a été mis fin à la centralisation de ses efforts, ce qui a contribué à neutraliser cette institution. La maîtrise des dépenses publiques ne semble plus une priorité. Ainsi, par rapport au budget de 2025, le budget de 2026, qui a connu une augmentation relative, a certes été caractérisé par une réduction des dépenses pour la majorité des départements, mais surtout par une augmentation notable de 13% pour la défense.[2] Depuis le début de cette année, l’administration Trump propose même un budget historique de la défense de 1.500 milliards de dollars pour 2027, soit une augmentation exceptionnelle de plus de 65%[3] en un an, de quoi renforcer l’Etat profond qu’elle était censée démanteler. Pourtant, en matière de défense, les États-Unis dépensaient déjà en 2025 plus que les 9 pays combinés suivants : la Chine, la Russie, l’Inde, l’Arabie Saoudite, le Royaume Uni, l’Allemagne, la France, le Japon et la Corée du Sud.

Par ailleurs, au titre de la lutte contre le wokisme qui s’est répandu en 2020 après le meurtre de George Floyd, Trump a précisément abrogé le décret (“Executive Order”) 11246 du 24 septembre 1965. Pierre angulaire de la lutte contre la discrimination à l’embauche pendant près de 60 ans aux États-Unis, ce décret obligeait pourtant les fournisseurs et sous-traitants du gouvernement fédéral à diagnostiquer et à corriger en leur sein des discriminations éventuelles contre toutes les catégories ethno-raciales et contre le genre, en établissant des objectifs aspirationnels et pas forcément des quotas. Traiter sans nuance la question raciale, à l’origine de la guerre de Sécession qui a failli entraîner une scission du pays et aux implications encore ressenties aujourd’hui au regard notamment de la population carcérale, est une gageure.

Enfin, en matière d’immigration, l’administration Trump est vite parvenue à endiguer les entrées illégales constantes des populations étrangères à travers la frontière sud des États-Unis. Il faut dire que sous la présidence de Joe Biden a eu lieu la plus forte augmentation de l’immigration de l’histoire américaine, avec 2,4 millions de migrants en moyenne par an entre 2021 et 2023, ce qui a entrainé une pression sur les services sociaux.[4] Seulement, ce succès s’est accompagné de nombreux dérapages : l’organisation de guet-apens par des forces de police pour arrêter des individus dont les dossiers suivaient leur cours judiciaire ; la suspension du cours normal des procédures d’immigration ; un climat de peur parmi les immigrants légaux ; la mort de deux citoyens américains abattus par la police ; la mise en place d’obstacles contre la visite des centres de détention par les parlementaires[5] ; la suspension généralisée des délivrances de visas ; l’obligation pour les demandeurs d’ESTA de divulguer le contenu de leurs activités sur les réseaux sociaux lors de leur entrée sur le territoire américain[6] ; etc. La situation a été telle que Trump a été obligé de démettre deux personnes clés de son dispositif : le commandant de la patrouille frontalière Gregory Bovino en janvier, puis la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem en mars.

Nonobstant ces limites, Trump a continué à bénéficier du soutien d’une partie importante de la population en raison du respect général de l’agenda politique et des succès engrangés les premiers mois de son mandat. Pourtant, cette dynamique est aujourd’hui remise en cause par deux dossiers : l’affaire Epstein et l’intervention en Iran. Ces deux affaires sont en effet au cœur du mandat confié à Trump pour réduire la voilure de l’establishment. La perte de confiance qui en découle au sein même du mouvement MAGA est en train de vider de substance ce mandat.

I. L’affaire Epstein

D’emblée, il faut reconnaître à Trump que c’est sous sa présidence que les fichiers du dossier Epstein ont été révélés au grand public. Toutefois, la vérité est que ce mérite revient au mouvement MAGA qui a été une force positive et dont on souhaiterait voir, toutes proportions gardées, un équivalent chez les Démocrates. La gestion de l’affaire Epstein par l’administration Trump est une catastrophe susceptible de vider de substance le mandat en cours.

En effet, après avoir promis la divulgation des fichiers Epstein au cours de la campagne présidentielle, Trump s’y est opposé par des manœuvres plus ou moins dilatoires. Le 21 février 2025, sa ministre de la Justice Pam Bondi déclarait ainsi détenir la liste des clients d’Epstein,[7] avant d’en nier l’existence dans un rapport de juillet 2025.[8] Il a fallu l’entregent et le courage politique de deux Représentants Républicain et Démocrate, Ro Khanna et Thomas Massie, pour initier et faire voter la loi bipartisane Epstein Files Transparency Act, obligeant l’administration Trump à publier ces documents, non sans en avoir retenu une partie et massivement caviardé des extraits, emails, noms, photos et vidéos.

Les 3 millions de documents publiés révèlent l’existence d’un puissant réseau de pédo-criminalité et offrent un regard saisissant sur une élite occidentale (politiques, personnalités publiques, milliardaires…) hors de contrôle. De manière non exhaustive, ces documents mettent à nu une industrie d’exploitation sexuelle d’enfants bénéficiant d’une complicité des autorités publiques ; des trafics d’êtres humains ; des expériences biologiques forcées sur les victimes ; des jeunes femmes et mineures réduites à l’état d’esclavage, engrossées pour enfanter des bébés[9] destinés à alimenter un marché d’esclaves ; des tortures exercées sur des mineurs et des bébés ; l’assassinat des victimes ; la consommation de leur chair humaine ; des rituels sataniques, etc.

Opérant sous la fausse casquette de financier, Jeffrey Epstein avait pignon sur rue dans la haute société, y compris après une condamnation pénale en 2008 pour trafic de prostituées mineures. Apparaissant comme un agent du Mossad israélien voire de la CIA, il intervenait dans plusieurs dossiers concernant de nombreux pays, dossiers politiques, économiques, financiers, scientifiques, sanitaires, artistiques, ésotériques… Dans un de ses courriels, Epstein affirme être au service des Rothschilds et déclare, dans un autre entretien vidéo, avoir été recruté à l’âge de 32 ans par David Rockefeller au sein de la Commission Trilatérale. Les fichiers publiés dressent en filigrane un réseau de compromission et de chantage de personnalités filmées à dessein dans leurs agissements criminels.[10]

Epstein et ses maîtres s’inspiraient probablement du franquisme, ce mouvement sectaire du 18e siècle créé par un homme, Jacob Frank, qui se considérait comme l’incarnation d’un faux messie juif nommé Sabbatai Zevi. Jacob Frank déclarait à ses partisans : « Je ne suis pas venu pour élever vos esprits, mais pour vous humilier jusqu’au fond de l’abîme, là où l’on ne peut descendre plus bas, et d’où aucun homme ne peut se relever par ses propres forces, mais seulement si Dieu le tire des profondeurs par sa main puissante ». Par « abîme », Jacob Franck entendait des rituels sexuels comprenant des orgies dites sacrées, avec une touche d’inceste.[11]

L’affaire Epstein est devenue aujourd’hui un éléphant dans la pièce, elle ne peut plus être ignorée ni politiquement ni judiciairement, sans conséquences. Si cette affaire a déjà entrainé la démission de plusieurs personnalités dans le monde, aucune n’a toujours été inquiétée par la justice américaine. Plusieurs sont désormais convaincus que Trump serait impliqué dans ce dossier et ferait par conséquent l’objet d’un chantage de la part d’Israël sur la gestion du dossier iranien.  


[1] DOGE, Department of Government Efficiency

[2] USA Facts, 26 June 2025, https://usafacts.org/articles/whats-in-trumps-2026-proposed-budget/ ; White House, 2 May 2025, www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/05/Fiscal-Year-2026-Discretionary-Budget-Request.pdf

[3] Reuters, 7 Jan. 2026, www.reuters.com/world/us/trump-says-us-military-budget-2027-should-be-15-trillion-2026-01-07/

[4] New York Times, 11 Dec. 2024, www.nytimes.com/2024/12/11/briefing/us-immigration-surge.html

[5] NBC News, 2 March 2026, www.nbcnews.com/news/us-news/federal-judge-nixes-latest-policy-requiring-7-days-notice-congress-mem-rcna261401

[6] Federal Register, 10 Dec. 2025, www.federalregister.gov/documents/2025/12/10/2025-22461/agency-information-collection-activities-revision-arrival-and-departure-record-form-i-94-and

[7] Fox News, 21 Feb. 2025, www.foxnews.com/politics/bondi-says-epstein-client-list-sitting-my-desk-right-now-reviewing-jfk-mlk-files

[8] Axios, 6 July 2025, www.axios.com/2025/07/07/jeffrey-epstein-suicide-client-list-trump-administration

[9] Carnets d’une victime d’Epstein, 5 Feb. 2026, https://www.facebook.com/share/1AheJyTgXT/

[10] Charlie kirk on Epstein: 4 Jan. 2024, https://x.com/keithwoodsyt/status/1742977166701162914

[11] Jacob Frank, 23 Aug. 2018, https://anumuseum.org.il/blog/jacob-frank/  

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